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  • 2017

    avril

    Libération de Keywan Karimi !
    Le 24 avril 2017
    Nous avons la joie de vous annoncer que Keywan Karimi, le cinéaste iranien qui avait été incarcéré et condamné à recevoir des coups de fouet est sorti de prison et a été placé en liberté conditionnelle. (...)

    Condamné à 223 coups de fouet et un an de prison ferme pour un film documentaire, Keywan Karimi avait été incarcéré le 23 novembre 2016 dans la prison d’Evin. Il avait d’abord été condamné à six ans de prison et 223 coups de fouet en octobre 2015 pour “insulte contre les valeurs sacrées” et “propagande contre le régime”. Sa peine avait été ramenée à un an de prison et à 5 ans en sursis, par une cour d’appel en février 2016.

    Writing on the City, son documentaire sur les graffitis et messages inscrits sur les murs de Téhéran depuis la révolution de 1979 jusqu’aux mouvements de 2009, était le motif de sa condamnation, et reste le symbole de son courage. Le film n’a jamais été projeté en Iran, nous vous avions invités à venir le voir lors d’une séance de soutien en février dernier.

    Après avoir fait 5 mois de prison, il a été libéré ce 19 avril 2017, sur la décision de la Cour d’appel. Il reste toutefois sous contrôle judiciaire, jusqu’à fin octobre 2017… sans oublier que la peine de prison de 5 ans, et les 223 coups de fouet peuvent être appliqués à tout moment.

    Keywan Karimi a 31 ans et la vie devant lui. Sa vocation est le cinéma, il vit pour raconter et partager des histoires. Il exprime son amour de l’Iran à travers ses films, véritables témoignages, courageux et lucides, de la réalité de son pays et de son peuple.

    Le dernier film du réalisateur, et sa dernière fiction, Drum a été présenté dans plusieurs festivals, pendant son emprisonnement, notamment, l’été dernier à la Mostra de Venise, et le Festival du film et le forum international sur les droits humains de Genève qui s’est déroulé en mars dernier, lui a dédié cette 15ème édition. La prochaine escale du Drum sera au Festival de cinéma de Buenos Aires.

    Avec les nombreux acteurs qui se sont mobilisés, la SACD et la Scam espèrent qu’il retrouvera une pleine liberté le plus rapidement possible, et se tiendront toujours du côté des auteurs et de la liberté d’expression.

  • Soirée Portées-Portraits consacrée à Laurent Demoulin le lundi 8 mai dès 19 h à la Maison Autrique
    Le 24 avril 2017
    La Scam est fière de soutenir le cycle "Portées-Portraits" qui se poursuit à la Maison Autrique, où Albertine asbl fait découvrir plusieurs fois par an des auteurs contemporains, le temps d’une (...)

    Robinson

    Robinson est une île sauvage. Robinson est un enfant autiste. Son père, universitaire, évoque avec délicatesse et subtilité son expérience de cette paternité hors norme, où le quotidien devient une poésie épique.

    Avec intelligence et pudeur, il nous décrit des microscènes dans une langue précise et maîtrisée, que son fils, privé de parole, ne saura appréhender. Peut-être est-ce là la seule raison d’être de ce texte tissé entre eux : Robinson ne le lira jamais.

    Laurent Demoulin

    Laurent Demoulin est né en 1966. Il enseigne à l’Université de Liège au département de Langues et Littératures romanes. Ses activités d’écriture sont multiples : critique littéraire et journalistique, textes d’opinion, nouvelles, études universitaires sur la poésie et le roman contemporain (il est spécialiste reconnu de Jean-Philippe Toussaint ; sa monographie Une rhétorique par objet ; Les mimétismes dans l’œuvre de Francis Ponge paraît incessamment). Son pamphlet contre les nouvelles méthodes pédagogiques, intitulé L’Hypocrisie pédagogique, et paru en 1999, connaît un grand succès critique et public. Il a publié des contes poétiques (Ulysse Lumumba, 2000).

    Sa préférence va sans conteste à la poésie. Celle de Laurent Demoulin révèle un homme habité de pensées, de sensations et de sentiments dans un monde tout entier fait de relations humaines. Filiation, son premier recueil publié, est paru en 2001 aux éditions Le Fram. Trop tard, paru en 2007 au Tétras Lyre, lui vaut le prix Marcel Thiry 2009. Ce livre est tout entier habité par le deuil, comme son recueil suivant intitulé Même mort.
    En 2016, il publie chez Gallimard son premier roman, Robinson.

    La soirée

    Le texte sera lu par Michel Poncelet, accompagné à la harpe par Alisée Frippiat. La mise en voix sera assurée par Emmanuel Dekoninck.

    A l’issue de la lecture en soirée, un verre est offert, l’occasion de se rencontrer de manière conviviale en présence de Laurent Demoulin et des artistes de la soirée.
    En outre, dès 19h, une rencontre avec l’auteur est organisée à la Maison Autrique.

    Infos pratiques :

    Lundi 8 mai 2017 à 20h15, à la Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
    Lecture : Michel Poncelet
    Harpe : Alisée Frippiat
    Mise en voix : Emmanuel Dekoninck
    Durée : 1 heure
    Prix des places : 8 € (qui donne l’occasion de visiter toute la maison)
    La réservation est conseillée : 02/245.51.87 ou albertineasbl gmail.com www.albertine.be

  • Invitation le 15 mai 2017 : Lundi de la Maison des Auteurs, en route pour Annecy !
    Le 21 avril 2017
    C’est bientôt le Festival International du Film d’Animation d’Annecy, et à cette occasion nous vous proposons un focus sur le cinéma d’animation pour le prochain Lundi de la Maison des Auteurs. Au (...)
    Le Vent dans les roseaux , de Nicolas Liguori et Arnaud Demuynck

    Éliette, une petite fille de huit ans, vit dans un pays où le roi a interdit la musique. Un troubadour venu d’Orient s’y fait confisquer ses instruments. Mais il est peu enclin à la servitude et rencontre Éliette qui a sculpté en cachette une flûte dans un roseau sauvage. Éliette et le troubadour se lient d’amitié. Ensemble ils vont mener le peuple à se libérer de la tyrannie.

    Scénario et réalisation : Nicolas Liguori et Arnaud Demuynck
    Production : Les Films du Nord, Arnaud Demuynck, La Boîte… productions, Nadasdy Film
    2016 – 26’37
    Bande annonce

    Cocoon, I can’t wait, de Simon Médard

    Librement inspiré de l’œuvre d’Esther Pearl Watson, ce beau clip met en mouvement son univers pictural naïf, et les petits personnages qui peuplent ses tableaux prennent vie.

    Scénario et réalisation : Simon Médard
    Production : Caméra Etc, Jean-Luc Slock
    Musique : Cocoon
    2016 – 03’

    La Licorne , de Rémi Durin

    Un jour, un petit roi aperçoit dans la forêt de son petit royaume, un être extraordinaire, blanc comme la neige et rapide comme le vent. Le petit roi ordonne au chevalier Petitpas de lui ramener la créature, sans succès ! La petite reine réussit à faire venir la licorne au château. L’animal mythique, malgré les bons soins prodigués, tombe malade. Comment la guérir ?

    Scénario : Arnaud Demuynck, Rémi Durin (adapté de La Licorne, de Martine Bourre)
    Réalisation : Rémi Durin
    Production : Les Films du Nord, Arnaud Demuynck
    2016 – 13’
    Bande annonce

    Inhibitum , de l’Atelier collectif - Zorobabel

    Au XXème siècle, cinq inventions ont été écartées ou ne se sont pas généralisées : le bas nylon résistant, l’Aérotrain, la « safe cigarette », le moteur à eau et la biorésonance… Nous l’avons échappé belle !

    Scénario et réalisation : Atelier collectif
    Production : Zorobabel, William Henne
    2016 – 7’40
    Bande-annonce

    Projection sur canapé , de Violette Delvoye

    Soirée cinéma à la maison. À l’issue du film, Lucie et Manu s’engagent dans une conversation autour de l’idée du voyage. Au fil des cigarettes et des verres de vin, elles s’exposent leurs envies, leurs besoins et leurs attentes.

    Scénario et réalisation : Violette Delvoye
    Production : Ensav La Cambre, Vincent Gilot
    2016 – 6’37
    Grand prix du jury au Festival international des écoles d’animation, Panam Anim

    KL , de Yann Bonnin et William Henne

    Une succession de photographies défilent rapidement. Le lieu n’est révélé que par des détails, cadrés en gros plan : traverses et rivets de voie ferrée, briques rouges, wagons, barbelés, écorces de bouleaux, numéros, piliers, cloches, boîtes de cirage… des motifs connus. Cet endroit est en fait un immense cimetière, en Haute-Silésie.

    Scénario et réalisation : William Henne, Yann Bonnin
    Production : Zorobabel, William Henne
    2017 – 3’30
    Bande annonce

    Tiny Big , de Lia Bertels

    Chorégraphie sur l’être humain possédé par la terre, l’amour et l’argent.

    Scénario et réalisation : Lia Bertels
    Production : Charleroi Danses – Centre chorégraphique de la Région Wallonie-Bruxelles, Lia Bertels
    2017 – 05’25
    Bande annonce

    Juliette , de Lora d’Addazio

    Juliette est une fille timide embarquée dans une virée en voiture avec deux filles complètement délurées. Les filles sont tellement excitées qu’elles ne font pas attention à la route. Juliette a un mauvais pressentiment sur ce qui va se passer.

    Scénario et réalisation : Lora d’Addazio
    Production : Ensav La Cambre
    2016 – 06’37

    Fleddy Melculy, Apu Van De Nightshop, de Pierre Mousquet, Marc-Antoine Deleplanque, Hubert Seynave

    Fleddy entre dans un "night shop". Ce qui se passe ensuite va vous couper le souffle !

    Scénario et réalisation : Pierre Mousquet, Marc-Antoine Deleplanque, Hubert Seynave
    Production : Imov Studio, Pierre Mousquet
    2017 – 02’28

    Informations pratiques

    La soirée aura lieu le lundi 15 mai à 20h au Cinéma Aventure (Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles). Plusieurs des réalisateurs seront présents pour une discussion après la projection, à l’issue de laquelle un verre sera offert.

    Comme d’habitude, la soirée est gratuite et ouverte à tous, mais la réservation est indispensable. Pour venir il suffit de réserver votre place en écrivant à l’adresse actionculturelle sacd-scam.be.

    Galerie image

  • Prix Scam 2016 Texte & Image : Thisou, pour Notre Père
    Le 13 avril 2017
    Des personnages juste esquissés qui n’en sont pas moins charismatiques et fascinants, une trajectoire d’émancipation, mais aussi un monde de formes, de couleurs et de sensations sont à découvrir dans (...)

    L’œuvre

    Notre père dévoile le quotidien d’une petite fille aux côtés de son père, fort, intimidant et travailleur, qui voue un culte à la Vierge Marie. L’enfant a regardé tout ce dont ses sens pouvaient se saisir, palliant ainsi la difficile expression au sein de sa famille. Échappant ainsi à son austère vie quotidienne, l’enfant a vu se révéler tout un monde de formes, de couleurs et de sensations, la promesse d’une vie plus pleine s’offrir.
    Dans ce petit ouvrage proche de la broderie l’autrice, qui dessine et compose ses textes directement sur du tissu, ravive avec une infinie délicatesse les souvenirs d’une enfance.

    Autrice : Thisou
    Éditions Frémok / collection Flore
    72 pages - 2016

    L’hommage du Comité

    « Notre Père est l’œuvre de Thisou , professeure d’illustration à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles et a paru en janvier de cette année dans la collection Flore des éditions FRMK (prononcer Frémok).

    Dans ce livre aux couleurs de l’enfance, qui dissimulent bien des terreurs, l’auteure - ou du moins la narratrice - témoigne de son imprégnation par l’image oppressante de son père que par une éducation strictement catholique, le titre de l’ouvrage – "Notre Père", suggérant d’ailleurs que ce livre peut se lire comme une prière collective.

    La jaquette de l’ouvrage, d’un beau bleu clair – celui du voile de la Vierge Marie ? – et la brassée de feuillets qu’elle renferme détaillent les tourments d’une enfance craintive et soumise, à l’appui d’une série de vignettes dérivées d’images saintes, et de textes fragmentaires qui semblent être autant de projets de confession que de suppliques adressées à soi-même.

    Le graphisme, traduisant une science de la broderie déjà caractéristique des ouvrages précédents de Thisou, remet également en question le concept d’album illustré, tout en reliant intimement support et sujet.

    Ainsi Thisou suggèrerait-elle que si la Vérité est souvent cousue de fil blanc, elle peut aussi, comme dans ce cas précis, être tissue de points de croix colorés… »

    Alain Dartevelle

    L’autrice

    Après des études aux Arts Décoratifs de Strasbourg, Thisou réalise un album avec Olivier Douzou aux Éditions de Rouergue et travaille en tant que designer textile, à Gand et à New York. En 2000, elle part pour un voyage de deux ans au Maroc où elle découvre la broderie traditionnelle.

    Dès son retour, elle termine son album Moi je sais qui aux (Éditions du Rouergue), pour lequel elle reçoit une bourse du Centre National du Livre de Paris. Elle enseigne aujourd’hui à l’École supérieure des Arts St-Luc à Bruxelles, poursuit son travail d’illustratrice et crée également des pièces brodées.

  • Une soirée avec Christine Laurent, cinéaste et scénariste de Jacques Rivette
    Le 10 avril 2017
    Le 31 janvier 2017, nous avons eu la chance de recevoir Christine Laurent et Jean-Michel Frodon, pour présenter une magnifique copie restaurée de La Bande des quatre de Jacques Rivette, écrit par (...)

    "Il faudrait que ce soit une femme"

    CHRISTINE LAURENT : Longtemps j’ai imaginé Jacques Rivette, enfant, tramant des histoires avec la complicité de deux sœurs plus jeunes que lui. Je pensais alors que nos réunions à trois (Jacques Rivette, Pascal Bonitzer et moi) en vue d’élaborer le scénario, c’était une façon pour lui de retrouver le plaisir du jeu d’autrefois.
    Or ce que j’avais imaginé n’était pas exact. En effet de sœurs, en réalité, il n’en avait qu’une. Alors, peut-être était-ce à cause de cette petite sœur qu’il tenait à ce que l’un de ses deux interlocuteurs, ou « complices », soit une femme.
    La personne qui m’avait précédé était une femme très importante pour certains cinéastes de la Nouvelle vague, c’était Suzanne Schiffman. Elle avait fait équipe avec Godard, avec Truffaut, avec Rivette : comme scripte, comme scénariste. Ces gens de la Nouvelle vague, ils inventaient tout et Suzanne leur avait été dévouée corps et âme. Seulement un jour elle en a eu assez, elle a eu envie de faire des films elle-même, et elle est partie. Alors Jacques, décidé à constituer un nouveau trio, dit à Pascal Bonitzer qui avait travaillé en tandem avec Suzanne Schiffman : « Il faudrait que ce soit une femme ».

    Je suis entrée dans la danse d’une façon très étrange parce qu’à ce moment précis, Jacques avait ressorti de ses tiroirs un projet ancien, tiré de deux nouvelles de Henry James, qui étaient des histoires d’actrices, de modèles, de double et d’apprentissage, et les deux personnes rêvées pour ce projet étaient Jeanne Moreau et Juliet Berto (Juliet ressemblait étrangement à Jeanne Moreau jeune ). Jacques a eu envie de reprendre ce projet. On s’est mis à relire les carnets d’Henry James, une fois, deux fois, afin de trouver des fils pour concevoir l’histoire. Puis Jeanne Moreau nous a fait faux bond…
    Bref, il y a eu une sorte de faux départ dans cette collaboration, et puis un jour il est arrivé à la maison, où se tenaient les réunions, il nous a dit qu’il pensait tenir une piste : il avait envie de raconter comment des filles qui apprennent un métier, le métier d’actrice, auraient au cours de leur apprentissage l’occasion de se trouver dans la situation d’Antigone.

    Leur professeur, leur mentor, est une grande actrice : Constance Dumas, c’est le personnage qui est joué par Bulle Ogier. Elle dirige ce cours d’art dramatique extrêmement rigoureux, janséniste et exigeant, (si l’on désire tellement faire partie de son cours on doit impérativement se débrouiller pour en payer les séances). C’est comme entreprendre une analyse. Et c’est ça que raconte, entre autres, La Bande des quatre.
    Jusqu’au point où, à la fin, on découvre que c’est Constance Dumas, la professeure, qui devient elle-même une vraie Antigone, puisque c’est elle qui cache et protège l’homme-délinquant-évadé. Ce personnage de délinquant avait été inspiré par un fait divers, lequel à l’époque où se préparait le film, avait ému tout le landerneau cinématographique et gauchiste. C’est pour ça que le film est dédié à tous les prisonniers et à celles qui les attendent.

    "Dangereux et excitant"

    JEAN-MICHEL FRODON : Alors comment ça se passe ? Il arrive avec…

    CL : Ah non, ne dis pas le mot « pitch » !

    JMF : … ce qu’on pourrait appeler un concept… (rires)

    CL : Je préfère… il arrive avec une envie…

    JMF : … mais il n’y a pas encore de film.

    CL : Oui, on commence à avoir des réunions, trois après-midi par semaine, où on parle surtout de tout le reste – les films qu’on a vus, les livres qu’on a lus – et puis petit à petit on se met à inventer des personnages, des situations, des lieux. Mais on n’écrit rien de dialogué. On trace, on écrit quelque chose qui est comme une très brève nouvelle, parce qu’il faut bien chercher du fric, il faut bien quelque chose.
    Les cinéastes de la Nouvelle vague pouvaient comme ça, en jetant trois feuilles sur la table, obtenir l’avance sur recettes. Malheureusement ceux qui ont suivi n’ont pas bénéficié de ça. À partir de ces quelques pages, la production se met en branle.

    Nous, on écrit juste une sorte de squelette, de plan séquencé, pour pouvoir repérer les décors, les louer, les aménager, mais on n’écrit aucune séquence dialoguée. Et la veille du premier jour du tournage, nous écrivons les scènes du premier jour de tournage – qui ne sont pas forcément les premières scènes du film, puisque pour des raisons financières on ne tourne presque jamais dans l’ordre. Jacques les lit et il acquiesce… ou pas.
    C’est excitant. Dangereux et excitant. C’est périlleux. Il faut avoir toutes ses antennes sorties, parce que ce qui est en germe dans une séquence est le ferment des séquences suivantes.
    Au tout début, au moment des premières rencontres, rien n’est préétabli, rien n’est fixé. Tout est possible !

    JMF : Tu as sauté l’étape du choix des interprètes.

    CL : Oui. À partir de ce que j’ai connu en tous cas, je peux dire qu’on écrivait toujours pour les interprètes, près des interprètes. On les voyait beaucoup et parfois on leur piquait des choses, des expressions, des propos. On esquissait des gestes et des paroles à leur mesure. Parfois ils en étaient surpris. Ça aussi c’est dangereux – et pourtant ça s’est toujours fait dans la plus grande harmonie, même avec des acteurs qui n’étaient pas passés par le théâtre. Piccoli par exemple aimait cette méthode.

    JMF : Rivette est quelqu’un qui avait pratiqué et décrit une autre façon de travailler avec ses interprètes, où l’improvisation avait un grand rôle. Comment on passe de cet état là à… ?

    CL : Je ne sais pas ! Ce passage s’est opéré du temps de Suzanne Schiffman. C’est vrai qu’il y eu un moment à partir duquel tout en ne croyant pas au scénario classique, il a quand même choisi de confier l’écriture des séquences et des dialogues à deux personnes. Une seule fois – pour Ne touchez pas la hâche – nous avons fait Pascal et moi une vraie adaptation (de La Duchesse de Langeais, de Balzac), un vrai scénario fin prêt avant le tournage. Parce que je tournais loin de là, et que Pascal de son côté préparait lui aussi un film, nous ne pouvions pas être présents sur le tournage. C’était une réelle adaptation, une « compression à la César » comme disait Jacques. Il semblait content d’avoir, une fois dans sa vie, un vrai scénario, et avant le tournage, de surcroît ! Mais ce fut la seule fois.

    "Une matière ondoyante"

    JMF : Est-ce que dans La Bande des quatre, il y a tout de même ce qu’on pourrait appeler de l’improvisation ?

    CL : Il y a deux scènes : celle du procès, où les actrices ont travaillé entre elles en partant d’une ébauche de texte. Et la séquence de Lucia où il est question de souris qui dansent la mazurka, c’est Inès de Medeiros qui a inventé la chansonnette en portugais destinée à apaiser les fantômes.

    JMF : Comment les scénaristes font-ils pour se mettre dans la peau d’actrices qui jouent des actrices qui jouent ? C’est assez vertigineux !

    CL : Peut-être qu’une des raisons pour lesquelles Jacques souhaitait que je sois là, même si je n’en ai jamais rien su, c’est que je viens du théâtre. J’ai commencé avec Chéreau, Jean-Pierre Vincent, comme scénographe. À l’époque le théâtre m’était plus familier que le cinéma.

    JMF : Mais puisque les dialogues, ce sont ceux de Marivaux, comment on écrit ces moments sur scène ? Qu’est-ce qu’on écrit ?

    CL : On s’invente en élève de Constance Dumas. On se sert à la fois de ce que l’on imagine et de ce que nous racontent les actrices, Laurence Côte, Nathalie Richard, Fejria Deliba… On les fréquente beaucoup, et on leur invente des comportements qui souvent ont été inspirés par elles-mêmes !

    JMF : Et Bulle ?

    CL : Ah, Bulle ! Bulle avait peur. On a appris après qu’elle avait consulté Chéreau pour savoir si c’était bien… Elle avait peur sans doute parce que c’est quelqu’un de généreux, qui n’a rien de ce personnage qui incarne une loi si rigide !

    JMF : Quand, avec Pascal, vous voyez ce que ça devient, est-ce que ça accompagne ce que vous avez fait ou bien tout est changé ?

    CL : C’est compliqué. Par moments, quand j’ai revu le film cet après-midi, j’ai eu l’impression que c’était hier. Et puis par moments, j’ai eu l’impression que je n’avais jamais vu ce film. C’est très étrange. Ce que je trouve magnifique dans ces films c’est que c’est une matière ondoyante, qui change, qui vibre. Et je crois que, jusqu’au bout, je ne me lasserai pas de les voir, non parce que j’y ai été impliquée, mais parce que j’y découvre toujours quelque chose de nouveau.

    "C’était cru mais de façon détournée"

    JMF : Comment ça se passe alors ? Vous écrivez tous les deux, Pascal Bonitzer et toi, pendant la nuit ?

    CL : Ce n’est pas forcément pendant la nuit. Sur chaque décor on a une pièce à nous, c’est la pièce des scénaristes. On a chacun notre ordinateur, on se faisait face. Au début, on écrivait les mêmes scènes. Sur les films suivants, on se partageait les scènes, selon nos envies, nos goûts.
    Une fois, Jacques a fait preuve d’une certaine perversité. C’était lors du tournage de l’Histoire de Marie et Julien. Jacques est quelqu’un de très pudique. Or, pour la première fois de sa vie, il nous dit qu’il veut tourner des scènes de sexe. On est assez surpris. Et il nous dit que c’est à nous, les scénaristes, d’être directs, crus, parce que lui, à l’image, il ne le serait pas. Il nous demande donc d’écrire des fantasmes en forme de monologues. Charge à Pascal d’inventer celui de l’amant, charge à moi d’écrire celui de l’amante… On s’est regardé Pascal et moi, on a rougi, on a rit ! On était presque gênés de voir Jacques lire les scènes.

    JMF : Et après il a fait quoi de vos fantasmes ?

    CL : Ils sont dans le film en forme de voix off. Il avait obtenu ce qu’il voulait : un point de vue masculin et un point de vue féminin. C’était cru, mais de façon plutôt détournée.

    JMF : Et Rivette, il prend tout ce que vous écrivez, ou…

    CL : Pas toujours ! Par exemple sur La Bande des quatre, pour la scène entre Claude et Thomas, qui est prise au dernier étage de l’ancien Libération – on voit tout Paris – il refusait toutes nos propositions. Il voulait un truc « à la Malraux », un « truc culturel » : c’est lui qui a fini par l’écrire. Je crois que c’est l’unique dialogue écrit par lui. Et comme par hasard c’est là qu’on parle pour la première fois de La Belle Noiseuse. J’ai fini par deviner l’un des mobiles de son insistance : Malraux, avait été un voleur d’œuvres d’art…

    JMF : Il avait aussi interdit La Religieuse.

    CL : Et fermé la Cinémathèque !

    "Il ne pouvait pas se résoudre à finir"

    JMF : Est-ce qu’il y a une superposition de ton travail de cinéaste et de ton travail de scénariste de Rivette ? Comment cette écriture interfère avec ton histoire de cinéaste ?

    CL : Ça a été primordial pour moi, pour mon travail de citoyenne cinéaste, l’apprentissage avec Jacques, au fil de ces 20 ans. Jacques, m’a appris qu’il faut s’emparer de chaque signe, même fugace, qu’il faut savoir le prendre au passage, ne pas le rater. Comment le saisir… Et c’est ça qui fait le présent frémissant de ses films. Avant de parler avec lui, de le voir mettre en scène, je n’avais pas complètement réalisé que cette liberté là, c’est ce qui permet de capter ce qui n’adviendra qu’une seule fois.
    C’est beaucoup, ce qu’il m’a appris.

    Jacques disait que le métier de réalisateur était un métier de canaille. Il était très lucide sur tous ces commerces qui se tissent autour du travail qu’on fait. Il avait une morale impitoyable. Et ça, ça se voit. Tout au long de ces 20 ans… j’ai vu.

    JMF : De Rivette, on garde bien sûr son cinéma, mais aussi ses textes. Toi qui as été à ses côtés sur les tournages, puisque cette façon d’écrire impliquait d’être sur les tournages, tu as vu sa façon de travailler…

    CL : Je ne sais pas si tu étais là, ce jour-là, sur le tournage de Jeanne la pucelle. À Sedan, dans une cour moyenâgeuse très austère, il avait fait monter un bûcher très haut, et il a passé deux jours juché là haut à la place de Sandrine Bonnaire en refusant de tourner. D’abord c’était la fin du film, et il ne pouvait pas se résoudre à finir. La couronne en carton qu’on lui avait mise sur la tête, il l’a fait refaire trois fois !
    Ça c’est le versant obsessionnel, presque comique, de sa rigueur : son incapacité à faire brûler Jeanne. Tout était prétexte à retarder le moment de commencer ce tournage, c’était sa façon de conjurer l’inévitable.

    JMF : Et sa volonté d’aller lui-même…

    CL : … faire un petit séjour sur le bûcher !

    JMF : Comment ça se passait pour Rivette à la fin, la production ?

    CL : À partir du moment où il a rencontré Martine Marignac, donc une fidèle productrice qui y croyait, sa vie de cinéaste s’est simplifiée.

    JMF : Si on s’approche maintenant du film qu’on va voir et qui s’intitule Demain ?, un film que tu as réalisé, est-ce que Rivette a quelque chose à voir avec ce film ? La façon de le faire ?

    CL : Plusieurs séquences qui n’étaient pas dans le scénario ont été inventées comme ça, dans le geste, au dernier moment… Ça, ça vient tout droit de ce que j’ai appris près de Jacques.

    "Un pas de danse"

    JMF : Est-ce que tu peux maintenant nous raconter comment tu as rencontré l’héroïne de ce film ?

    CL : C’est l’histoire d’une jeune poétesse uruguayenne. J’ai vécu quelques temps en Uruguay, où j’ai fait un film, et au cours de ce tournage j’ai connu une vieille dame absolument merveilleuse, une femme poète, qui avait été un grand amour de Juan-Carlos Onetti, l’écrivain uruguayen.
    On est devenue amies. Un jour elle a ouvert un tiroir et elle m’a dit : « Regarde là-dedans, il y a plein de papiers, des coupures de journaux et aussi des choses que j’ai écrites sur une femme incroyable, tu devrais faire un film avec l’histoire de cette Delmira Agustini. » J’ai donc fait ce film dont l’héroïne est Delmira, et je l’ai dédié à cette amie, Idea Vilarino.

    L’Uruguay, c’est le plus petit pays d’Amérique latine. Et ça a été un pays très riche, et très cultivé. Ils ont des bibliothèques, des cinémathèques. Je suis allée à la bibliothèque nationale, et j’ai touché la robe de mariée de la jeune femme que vous allez voir dans mon film. J’ai touché ses poupées. J’ai touché ses manuscrits. Le film évoque le destin tragique d’une femme moderne, dans un pays en avance sur son temps.

    JMF : Alors tu écris une fiction, très inventive, mais qui néanmoins prend en charge l’histoire réelle d’une personne réelle…

    CL : Oui, je raconte aussi un état du monde dans ce petit coin de la planète à un moment précis : la veille de la déclaration de la première guerre mondiale. Ce pays était très en avance. Les femmes ont eu le droit de vote 30 ans avant la France ! Il y avait déjà des femmes médecins, et professeurs d’Université. Une loi venait d’être promulguée permettant aux femmes de divorcer selon leur désir. À cette époque, l’Uruguay était une démocratie très en pointe.

    JMF : Ce n’est pas un biopic…

    CL : Non ce n’est pas un « baïopic » ! Pas non plus une tranche de vie. Quelques pas de danse avec plusieurs personnages, disons.

    SPECTATRICE : Et vous, est-ce que vous travaillez avec 4 pages ou avec un scénario ?

    CL : Moi je suis obligée d’écrire un scénario de A à Z. Un scénario, c’est un objet attrape-tout. Ça doit servir à séduire des gens, à préparer le film, c’est éphémère et transformable, très plastique. Une pâte à modeler et remodeler. Mais j’aime écrire. Et retravailler. Puis il y a dans les films des choses qui ne relèvent pas du texte, et qui viennent comme ça… à l’improviste.

    JMF : Et maintenant ?

    CL : J’ai le projet d’un autre film. Je cherche un producteur. La situation est difficile. C’est un beau projet, un peu fou, pas si cher que ça – je ne sais pas ce que c’est un film cher, je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire. Je crois que moins les films sont chers, plus on est libre.

    Envie de voir le film ? Demain ? est disponible en VOD : https://www.universcine.com/films/demain

    Propos recueillis par Inès Rabadán.

    Liens utiles

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  • Hommage à Jean Louvet : lectures au Théâtre des Martyrs
    Le 10 avril 2017
    "Jean cherchait, fouillait dans l’histoire collective pour créer une mythologie et aussitôt, en même temps, une critique de cette mythologie. Beaucoup de metteurs en scène, d´auteurs, d´acteurs vont (...)

    Pierre Harmignies

    Le 20 avril à 19h
    Les 17 et 18 août 1944, peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, les rexistes – militants pro-nazis belges avec à leur tête Léon Degrelle – mettent à feu et à sang la région de Charleroi à la suite de l’assassinat par les résistants d’un des leurs – le bourgmestre de la ville – et de sa famille.
    Mise en voix : Jean-Claude Idée.
    Avec : Annette Brodkom, Yves Claessens, David Leclerc, Sandra Raco, Bernard Sens, Benjamin Thomas.

    La Farce du sous-marin

    Le 20 avril à 21h
    Un homme d’un certain âge travaille à faire fonctionner une machine. Il travaille seul et a acquis une certaine maîtrise. Survient un autre employé, plus jeune, envoyé dans le même bureau via une lettre. Le malaise s’installe. Pourquoi cette recrue ?
    Mise en voix : Pauline D’Ollone
    Avec : Pierange Buondelmonte, Fabrice Schillaci

    L’Aménagement

    Le 21 avril à 19h
    Lui n’a rien. Elle a tout. Elle finira pourtant par drainer le pire : trahison, dépression, délabrement affectif… et à fuir tout lien avec sa propre mémoire. Animée pourtant par l’extraordinaire besoin d’aimer et d’être aimée.
    Mise en voix : Philippe Sireuil
    Avec : France Bastoen, Yoann Blanc, Julie Lenain, Mathilde Rault, Philippe Résimont, Hélène Theunissen

    L’An un

    Le 21 avril à 21h
    La pièce propose un dialogue entre un ouvrier révolutionnaire de 40 ans et un ouvrier "modèle" de 65 ans, qui vient de prendre sa retraite. Celui-ci s’occupe d’une petite parcelle de terre qu’il a pu "s’offrir" après 40 ans de dur labeur. Il a travaillé toute sa vie pour les autres, et il peut enfin commencer sa nouvelle vie.
    Mise en voix : Lorent Wanson
    Avec : Daniela Bisconti, Jean-Marie Petiniot, Lorent Wanson

    Le Train du bon Dieu

    Le 22 avril à 19h
    Dans une parabole satirique, le prolétariat exprime son besoin d’un monde meilleur, essaie d’échapper à la monotonie d’un travail épuisant. Le monde ouvrier descend dans la rue, se bat, rit… Et pleure enfin en assistant au déraillement de son train qui allait le conduire au règne de l’âge d’or sur terre.
    Mise en voix : Julie Jaroszewski
    Avec : Manza Abdeslam, Maïa Chauvier, Jah Mae Kân, Maxime Pistorio, Kalvin Soiresse Njal, Lorent Wanson

    L’Annonce faite à Benoît

    Le 22 avril à 21h
    Ce jour-là, au milieu de la foule, dans ce grand magasin banal à pleurer, ils se sont rencontrés… Rencontre furtive, grave, émouvante, entre deux hommes singuliers : l’un apparemment déboussolé par une accumulation de malheurs relevant du mélodrame ; l’autre bouleversé par cet univers intime et passionnel qui tout à coup s’impose à lui. Un an plus tard, ils se retrouvent.
    Mise en voix : Axel Cornil
    Avec : Frédéric Dussenne, Renaud Van Camp

    En pratique

    L’hommage à Jean Louvet aura lieu du 20 au 22 avril, tous les jours des lectures sont programmées à 19h et 21h, dans la Petite Salle du Théâtre des Martyrs (Place des Martyrs 22, 1000 Bruxelles).
    L’entrée est libre mais la réservation est indispensable, directement auprès du Théâtre : www.theatre-martyrs.be - 02/223 32 08

  • Prix Scam 2016 : mention spéciale à Thierry van Hasselt et au FRMK
    Le 6 avril 2017
    Les Prix de la Scam récompensent forcément des auteurs et leurs œuvres, mais comme toutes les règles, celle-ci est faite pour être - parfois - transgressée : c’est ainsi que les membres du Comité belge (...)

    L’hommage du Comité

    « L’unanimité du Comité littéraire de la Scam s’est immédiatement faite en faveur du Notre Père de Thisou Dartois dont les qualités évoquées par ailleurs lui valent de recevoir notre Prix Texte et Images.

    Toutefois, il nous a paru évident que la cohérence et l’originalité du projet éditorial global de FRMK, de même que le travail de son animateur, Thierry Van Hasselt, en faveur de la bande dessinée alternative, méritent amplement d’être mis en lumière.

    Aussi la Scam souligne-t-elle le vif intérêt suscité par certains titres au catalogue, dont Qui mange des couteaux de Zoé Jussseret, où le désarroi de la Mort est démontré en une façon de pantomime macabre particulièrement impressive, ainsi que l’album Les Jumeaux, où les images de Jung-Hyoun Lee expriment toutes les ambigüités du concept d’identité. Sans oublier non plus Vivre à Frandisco, récente publication de Thierry Van Hasselt lui-même, où ses dessins effectués d’après les montages de l’artiste trisomique Marcel Schmitz, font explorer les moindres dédales d’une ville factice.

    Ce ne sont d’ailleurs là que des choix subjectifs. Car à vrai dire, il conviendrait de citer tous les titres de la Maison FRMK, qui depuis sa création en 2002, n’a de cesse de repenser les interactions esthétiques et narratives du texte et de l’image. »

    Alain Dartevelle

    Le FRMK

    Né en 2002 de la réunion des maisons d’éditions Amok et Fréon, apparues au début des années 90, créées et animées par des auteurs et notamment Thierry Van Hasselt, le FRMK (prononcez Frémok) est une plate-forme de projets fondée autour des œuvres réalisées, réunies ou choisies, et publie des ouvrages de littératures graphiques qui vont de la bande dessinée à la poésie visuelle.

    Il regroupe des adhérents et des membres actifs, qu’ils soient lecteurs, artistes, acteurs du livre et des arts, personnes morales, particuliers, structures indépendantes ou institutions. Il exerce, revendique et défend les libertés de créer, de penser, d’exprimer et de circuler.

    Son champ d’action excède le domaine du livre : véritable carrefour créatif, le FRMK est fait figure de pont entre la figuration narrative et l’art contemporain, la peinture, les arts vivants ou encore la formation. Il intervient dans les écoles d’art, les universités, les bibliothèques, les lieux publics.

  • De la diffusion du Documentaire : Pauline David, du P’tit Ciné
    Le 5 avril 2017
    Une réflexion commune s’est engagée sur la diffusion du documentaire. Pour nourrir le débat, la Scam diffuse des paroles d’auteurs ou d’opérateurs. Après Jean-Jacques Andrien et Ronnie Ramirez, entretien (...)

    Le P’tit ciné - Regards sur les Docs est une structure d’accompagnement du cinéma documentaire en salle. Mon travail de programmatrice est de choisir des films d’auteur, qui ne sont pas ou peu montrés ici, et d’organiser leur rencontre avec des publics.
    L’asbl a été créée il y a 20 ans pour assurer la diffusion du documentaire sur grand écran par des gens qui pensaient qu’il y avait autant sa place qu’une fiction, à une époque où ce n’était pas si courant. Aujourd’hui le paysage de la diffusion a évolué, la question n’est plus de savoir s’il y a des docs sur nos écrans – il y en a – mais comment les mettre en valeur, donner aux spectateurs envie d’aller vers ce type de cinéma, et surtout comment amener des publics variés vers des films auxquels spontanément ils ne penseraient pas.

    Ça passe évidemment par le travail de promotion (informer de l’existence d’un film et de sa projection en salle), j’y reviendrai, mais cela passe surtout par tout un tas d’activités développées, et complémentaires entre elles, qui participent à éduquer notre regard à un cinéma qui a ses propres codes.

    La première, la plus évidente, et la plus essentielle aussi, c’est d’inviter les auteurs des films que je programme à accompagner leur projection, à partager un moment avec ceux qui auront choisi de venir les voir. Avec pour ambition de permettre la circulation de la parole et participer à la compréhension du film (des intentions du réalisateur et de ce qu’il nous dit sur nos sociétés). Dans cette perspective, notre association organise aussi depuis quelques années déjà des masterclasses, tables rondes, et maintenant des formations à destination des médiateurs (animateurs socioculturels, enseignants) autour du cinéma documentaire.

    Quel rapport avec le travail de diffusion ? Important, puisque ce sont ces activités qui permettent d’identifier la ligne éditoriale du P’tit Ciné, de lui donner une couleur sur laquelle s’appuyer pour assurer la promotion de nos programmations. Couleur d’autant plus importante, que Le P’tit Ciné est une structure volante : nous n’avons pas de salle, mais travaillons depuis le début avec plusieurs partenaires, avec qui nous montons les projets. Au cours des deux dernières années, par exemple, le cinéma Nova, BOZAR, la Cinémathèque royale, le cinéma Aventure, l’Espace Delvaux (partenaire historique du P’tit Ciné), Filmer à tout Prix etc….

    Il y a un public pour le cinéma documentaire (il y a même des publics). Le P’tit Ciné, en 2014, c’est 3 000 spectateurs et 70 spectateurs en moyenne par séance, ce qui au regard des chiffres totaux de fréquentation en salle en Belgique francophone est un très bon ratio. Ces spectateurs, nous allons les chercher un à un. Il n’y a pas de secret.

    Que voulez-vous dire, quand vous dites que les spectateurs existent mais qu’il faut aller les chercher un à un ?

    Demandez à 10 personnes différentes leurs attentes par rapport à un film documentaire, il y a aura 10 réponses différentes. Certains mettront en avant ses qualités informatives, d’autres qu’il puisse être objet de discussion, d’autres encore sa capacité à capter le réel et la force du langage cinématographique développé par son réalisateur pour le retranscrire à l’écran.

    Pour moi, et pour beaucoup d’entre nous, la qualité première d’un documentaire c’est une écriture attentive à faire dialoguer forme et fond, une écriture susceptible de mobiliser notre imaginaire et nous offrir des espaces de réflexion sur le monde qui nous entoure. Ça c’est mon intime conviction, qui sous-tend le choix des films que je programme.

    Mais quand je définis ma stratégie de diffusion, je vais inverser la proposition : non pas partir de la proposition de la réalisatrice / du réalisateur, mais de la façon dont elle est reçue, dont elle pourrait être reçue par différents publics. Mon approche est celle d’une spectatrice. Je suis convaincue que cette place est essentielle pour assurer une bonne médiation entre un film et ses publics (partir de ce que le film donne à celui qui le voit pour tisser des liens avec les spectateurs potentiels).

    Je suis très intéressée par toute la réflexion que vous menez en ce moment à la Scam sur la diffusion du cinéma documentaire, et en même temps, le fait que ce soit la Société des Auteurs qui se saisisse de ce sujet me questionne sur les « dangers » qui pèsent sur le métier de documentariste aujourd’hui. Bien sûr, penser la réalisation d’un film, c’est penser l’adresse au public, et je suis la première à me fâcher contre les films qui « demandent » aux spectateurs sans rien « donner ». Bien sûr il est important que l’auteur ait envie de partager son film une fois celui-ci réalisé, à travers, notamment, sa présence régulière aux projections.

    En Belgique, nous avons la chance d’avoir un vivier documentaire extraordinaire, qui a le potentiel de toucher des publics variés et qui doit être montré. Mais si vous devez également porter les problématiques de diffusion aujourd’hui, que vous reste-t-il comme temps pour penser le cinéma ? Pour faire des films ?

    Si faire un film est une boucle parfaite dans laquelle le cinéaste est l’homme orchestre de son projet, de l’idée initiale à la diffusion, n’est ce pas au détriment du temps qui devrait être donné au travail de création. D’autant que la force du cinéma du réel dépasse de loin les intentions pensées par l’auteur au départ. Le documentaire prend des libertés face à son créateur et les regards extérieurs posés sur le film peuvent révéler des aspects de son travail qui n’avaient pas forcément été identifiés au moment de son développement.

    Mais concrètement, pourquoi et comment allez-vous chercher les spectateurs un à un ?

    Je retournerais facilement la question : pourquoi aller voir un film documentaire ? Vous, par exemple, comment êtes vous arrivée au documentaire ? Est ce un genre qui vous a d’emblée parlé et qui vous a été d’emblée rendu accessible ? Pour moi pas, c’est un genre que j’ai appris à connaître, dont je me suis appropriée les codes petit à petit, et que l’on m’a aidé à découvrir.

    C’est Récits d’Ellis Island, de George Perec et Robert Bober, sur lequel je tombe lors d’une séance thématique sur l’immigration conseillée par un professeur, et dont la force poétique me saisit ; c’est la reprise dans un cinéma près de chez moi d’un film d’un cinéaste que je ne connais pas, mais dont j’ai déjà lu le nom dans les journaux : Le Joli Mai, de Chris Marker, et la joie immense d’une belle découverte. Des films qui me parlent et me nourrissent, et sur lesquels j’ai envie de discuter avec mon entourage. Au fur et à mesure, sur les conseils des uns et des autres, je découvre d’autres films, mon regard se forme et je vais vers des films peut être moins faciles d’accès au premier abord mais tout aussi riches.

    Je relate mon expérience car elle est la base de mon travail de diffuseur : être médiateur entre un film, son auteur et ceux qui le rencontreront c’est toujours se rappeler que ces spectateurs potentiels n’ont pas forcément les mêmes clefs d’accès que ceux qui l’ont réalisé. Cela ne les empêchera pas de l’apprécier, mais pour les y amener il faut partir de leurs attentes.

    Très basiquement une partie de mon travail consiste à m’assurer que le public ait l’information sur la séance organisée, qu’il s’y intéresse et qu’il vienne. À chaque projection, je m’amuse à regarder qui est dans la salle et je peux dire (dans les grandes lignes) quelle est la ficelle tirée pour faire venir tel ou tel spectateur.

    Au delà des publics dits « cinéphiles », qui seront touchés par des arguments liés aux qualités artistiques du film, nous faisons aussi un grand travail vers des publics qui ne se tourneraient pas forcément naturellement vers le documentaire de création. Si pour certains, aller voir un documentaire c’est alimenter une discussion sur le monde dans lequel nous vivons, pas de souci, j’irai les chercher en leur parlant des thématiques mises en avant par le film.

    Dans mon travail de promotion, je joue volontairement sur ce petit malentendu : je leur parle contenu ; ils se retrouvent face à un bon film. Et ça marche : je reçois régulièrement des retours de spectateurs satisfaits, et étonnés d’être satisfaits. Des spectateurs qui s’attendaient à voir un film qui leur explique ce qu’ils doivent comprendre, et qui d’un coup se retrouvent face à un objet cinéma, et qui se rendent compte que c’est tout à fait instructif également, mais autrement, par la puissance de ce que l’auteur nous donne à voir et à entendre, par ses choix de prise de vue et de mise en scène. Et ces spectateurs, surpris, peuvent en parler avec le réalisateur / la réalisatrice car il / elle est là, avec nous, après son film, pour échanger, pour partager.

    Parfois le public n’est pas au rendez-vous. Cela arrive aussi. Programmer des films documentaires, c’est accepter que malgré l’exigeant travail de promotion et la certitude que ces films transportent, font voyager, donnent du plaisir, nourrissent ceux qui les regardent… ils restent, à de rares exceptions près, moins visibles que les fictions dans les médias et sur nos écrans. Comme spectateurs, nous avons donc moins de possibilités de les découvrir, et par effet de ricochet, ils ont moins de spectateurs.

    Travailler à la diffusion en salle du cinéma documentaire c’est essayer de toucher des publics potentiellement intéressés par le film proposé, créer les conditions nécessaires à la réussite d’une soirée de projection, mais surtout être convaincu du plaisir que les spectateurs présents auront au contact d’un film et lors de la rencontre avec son auteur et se réjouir de cette transmission possible.

  • Prix Albert Londres : appel à candidatures
    Le 5 avril 2017
    « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » rappelait Albert Londres, précurseur du grand reportage. En partenariat avec la (...)

    Le 79e Prix Albert Londres du grand reportage de presse écrite, le 33e Prix Albert Londres de l’audiovisuel et le 1er Prix Albert Londres du livre seront remis fin juin à Paris. Toute la presse francophone est invitée à concourir.

    Conditions générales de participation

    • Les candidats doivent remplir un formulaire de candidature.
    • Les candidats doivent avoir 40 ans au plus (y compris les co-auteurs) et être francophones. Les candidats peuvent se présenter autant de fois qu’ils le désirent, dans la limite de leurs 40 ans.
    • Les journalistes peuvent se présenter à titre individuel. Il n’est pas nécessaire d’être recommandé par un journal, un diffuseur ou une société de production. Néanmoins, ceux-ci peuvent soumettre des candidats répondant aux critères du présent règlement. La carte de presse n’est pas obligatoire pour concourir aux prix.

    Les dossiers de candidatures doivent être adressés à : Prix Albert Londres / Scam - 5, avenue Vélasquez - 75008 Paris ou albert.londres scam.fr.

    Pour le nouveau Prix du Livre :

    Les dossiers doivent être adressés avant le 12 avril et composés d’un curriculum vitae, du formulaire d’inscription et de 10 exemplaires du livre, publié entre le 1er janvier et le 31 mars 2017. Les livres doivent répondre aux critères journalistiques d’enquête et de grand reportage, à l’exclusion des bandes-dessinées et des livres de photographies.
    Fin mai, une présélection de 4 livres sera rendue publique. Les journalistes présélectionnés devront faire parvenir 15 exemplaires supplémentaires du livre.

    Pour le Prix de la presse écrite :

    Les dossiers, doivent être adressés avant le 6 mai en 25 exemplaires papier OU 1 seul fichier PDF (imprimable au format A4 ou A3) et être composés de 6 reportages maximum (publiés entre le 31 mars 2016 et le 5 mai 2017) et un curriculum vitae.

    Pour le Prix audiovisuel :

    Les dossiers doivent être adressés avant le 6 mai et composés de 10 DVD OU 1 lien internet du reportage ou du documentaire dans sa version télédiffusée entre le 31 mars 2016 et le 5 mai 2017 (les éventuels plateaux insérés lors de la diffusion doivent également être présentés). S’il existe plusieurs versions du reportage, l’auteur doit signaler, sous peine d’être exclu, le nombre de versions existantes, leur date et chaîne de diffusion.
    Un curriculum vitae de (ou des) auteur(s) du reportage : rédacteur(s) et JRI. Tous les auteurs figurant au générique doivent figurés sur le formulaire d’inscription. Les techniciens ne doivent pas y figurer.
    Les candidats présélectionnés devront faire parvenir 10 DVD supplémentaires de leur reportage. Fin mai, une présélection sera rendue publique.

    Le Jury

    Le jury, présidé par Annick Cojean est composé de : Lise Blanchet, Hervé Brusini, Thierry Desjardins, Jean-Claude Guillebaud, François Hauter, Christian Hoche, Catherine Jentile, Marc Kravetz, Jean-Xavier de Lestrade, Manon Loizeau, Alain Louyot, Jean-Paul Mari, Delphine Minoui, Michel Moutot, Philippe Rochot, Patrick de Saint-Exupéry, Frédéric Tonolli et Olivier Weber.
    S’y ajoutent cette année les lauréats de 2015, Luc Mathieu, Cécile Allegra et Delphine Deloget et ceux de 2016, Claire Meynial, Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver.

    Information

    Pour toute question, rendez-vous sur le site du Prix.
    Vous pouvez aussi vous adresser à Stéphane Joseph albert.londres scam.fr - 0033 1 56 69 58 88

  • La SACD au Brussels Short Film Festival 2017
    Le 4 avril 2017
    Le Brussels Short Film Festival fête ses 20 ans et promet une édition inoubliable. La SACD renouvelle son partenariat avec le Festival, où elle participera au "who’s who" du cinéma belge, une séance (...)

    Atelier de Pitching

    Comment vendre votre scénario en quelques minutes à un futur producteur ?
    Aux côtés d’un producteur, la cinéaste Véronique Jadin (membre du Comité belge de la SACD), et la scénariste Gabrielle Borile animeront un atelier pour apprendre aux auteurs à présenter leur projet de cinéma en revenant sur les techniques théoriques et pratiques de l’art du pitching.

    Le pitch consiste à présenter son projet sur un temps très court, il s’agit de définir et vendre un projet de cinéma en quelques minutes : le but n’est pas de tout révéler sur un projet mais d’en dire assez pour susciter l’intérêt de l’interlocuteur. Souvent 7 minutes suffisent à un auditeur pour se faire une idée du projet.

    Who’s who ? Séance d’information

    Cette année la séance d’information change un peu de forme pour devenir une étude de cas qui permettra de contextualiser plus concrètement les différents guichets. Pour la première de cette nouvelle formule plus concrète et plus vivante, c’est Nicolas Guiot qui viendra donc présenter le parcours couronné de succès de son court métrage Le Cri du Homard.

    A la fin de son exposé les différents guichets prendront la parole pour présenter leur action. L’objectif est de présenter ces différents interlocuteurs auxquels l’auteur peut s’adresser, de préciser quand et comment ceux-ci peuvent lui venir en aide.

    C’est Marie-Lorraine Weiss, du Service des Auteurs de la SACD/Scam, qui sera présente à cette séance d’information à destination des étudiants et des jeunes professionnels du cinéma. Notre envoyée spéciale y présentera nos sociétés d’auteurs, leurs activités, ainsi que les différents dispositifs et bourses qui peuvent aider les auteurs au développement de leur prochain film.

    Un temps d’échange et de discussion est également prévu.

    Drink d’anniversaire

    Pour fêter les 20 printemps du Brussels Short Film Festival, la SACD vous invite à un drink, le 03 mai à 18h sous le chapiteau (place Fernand Cocq).

    Venez trinquer et célébrer le festival, les auteurs et leurs films !

    Informations pratiques

    La Séance d’information aura lieu le 2 mai, de 16h à 18h au Flagey.
    L’Atelier aura lieu mardi 3 mai, de 13h à 16h au Flagey.
    Le Drink aura lieu le 3 mai de 18h à 19h30, sous le chapiteau du Festival Place Fernand Cocq.

    Ces deux séances sont ouvertes à tous mais l’inscription est obligatoire. Pour plus d’informations ou pour vous inscrire à l’une ou l’autre proposition, merci de vous adresser au Festival : romane courtmetrage.be.

    Liens utiles

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