Doublé magnifique pour Nicolas Guiot et « Le cri du homard » qui a remporté à la fois le Magritte et le César du Meilleur Court Métrage, un record de 80 prix pour le film en stop motion « Oh Willy » d’Emma de Swaef et Marc James Roels, également couronné au Festival Anima, enfin le FIPA d’Or pour « Silence radio », long métrage documentaire de Valéry Rosier : pour nos auteurs, la moisson d’hiver est abondante !

Le cri du homard, Nicolas Guiot

D’origine russe, installée depuis peu en France avec ses parents, Natalia, six ans, attend impatiemment le retour de son frère, Boris, parti combattre en Tchétchénie. Le grand jour est arrivé, mais la fillette doit rapidement déchanter. Cet homme est-il vraiment le frère qu’elle a connu ? Ancré dans le regard de la fillette, qui semble pressentir à la seule vue de son frère les violences qu’il a perpétrée et dont il a été victime en Tchétchénie, Le cri du homard de Nicolas Guiot est une fiction de 30 minutes, sobre et dense. Une fiction qui puise ses sources dans un documentaire au sujet du retour impossible de jeunes soldats russes enrôlés dans le conflit tchétchène. Cette matière a inspiré au cinéaste son court métrage, débouchant au final sur une question universelle : "Comment la communauté humaine peut-elle réintégrer ceux qui ont connu l’horreur ?" Située en France, parlant russe, l’œuvre est totalement juste. Sa puissance a été récompensée par le Magritte et le César du Meilleur Court Métrage, un doublé prestigieux.

Oh Willy, d’Emma de Swaef et Marc James Roels

Cinéma d’animation de laine et d’étoffes en stop motion : a priori, l’intitulé technique porte davantage à la curiosité qu’à l’enthousiasme communicatif. La preuve par les brins de la pelote qu’un auteur (ou deux), c’est d’abord un univers et un traitement. Willy est un homme d’un certain âge. Lorsque sa mère tombe gravement malade, il revient s’installer dans la communauté naturiste où il a grandi. À partir de ce sujet (qui aurait paru périlleux à certains), Emma de Swaef et Marc James Roels ont tissé un film onirique, gracieux, mélancolique. Les marionnettes et les décors sont expressifs, sans qu’apparaisse jamais le « tour de force ». Le succès qu’a rencontré leur court métrage est faramineux. Depuis sa sortie, il a accumulé 80 récompenses, dont le Prix SACD et le Prix Cinergie au dernier Festival Anima. Le contraste entre la dureté du sujet et la douceur des textiles ? La délicatesse du traitement ? Le sujet singulier, déroulé sans pathos ? Une rencontre quasi universelle, en tous les cas, entre une œuvre et le monde du cinéma.

Silence radio, de Valéry Rosier

FIPA d’Or au Festival International de Programmes Audiovisuels de Biarritz, Silence Radio de Valéry Rosier a également remporté le Prix Mitrani, décerné pour « la singularité d’un style et l’esprit de résistance d’une première, deuxième ou troisième œuvre d’expression française », ainsi que le Prix Télérama. Le documentaire (même si Valéry Rosier avoue que d’un point de vue cinématographique rien ne l’excite davantage que d’explorer la zone floue entre documentaire et fiction) suit les auditeurs d’une station de radio régionale associative, Radio Puisaleine, enracinée en Picardie. Déjà remarqué avec son court métrage Dimanches, dédié à la douce vacuité de nos vies, Valéry Rosier a focalisé son attention sur les solitudes brisées et rythmées par Radio Puisaleine et les nostalgies qu’elle rallume quelquefois. Parsemé de moments d’humour, le documentaire finit au plus profond de notre condition humaine, loin du Plus Beau Tango du Monde, proche du cœur des hommes.

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