Accueil du site / Home_fr / Actualités / Du côté des auteurs / Midi du Cercle littéraire spécial BD : compte-rendu #2

Le jeudi 13 octobre dernier lors d’un déjeuner du Cercle littéraire de la Scam « Spécial BD », Alain Dartevelle, membre du Comité belge de la Scam représentant les auteurs littéraires, interrogeait Léonie Bischoff, Sacha Goerg et André Taymans sur leurs pratiques, leurs relations aux éditeurs, les différents modèles économiques existants… Comment lutter contre le sexisme en BD ? Comment envisager les possibilités offerts par le numériques ? Quelques pistes explorées par notre panel à découvrir ici.

Alain Dartevelle (AD) : Comment travaillez-vous ?

André Taymans (AT) : À l’époque il y avait des studios, mais ils étaient souvent fédérés autour d’une grande figure comme Hergé par exemple. En ce qui me concerne, je travaille souvent avec des scénaristes, comme par exemple Patrick Delperdange, Gabrielle Borile, aussi parce que nous vivons dans un petit milieu où tout le monde se connaît et collabore.

Sacha Goerg (SG) : Je travaille aussi dans un atelier avec 13 autres auteurs. Cela me paraît important d’avoir pour travailler un espace distinct de celui de la vie de tous les jours, où l’on peut laisser des affaires mais aussi baigner dans une atmosphère d’émulation, de stimulation en voyant les autres travailler. Les conseils et feedbacks qu’on s’échange sont aussi précieux. En ce moment pour la première fois je suis confronté à des dessinateurs flamands. C’est vraiment un autre monde, ils ont d’autres influences, d’autres réseaux, c’es très enrichissant.

Léonie Bischoff (LB) : Je travaille avec d’autres auteurs dans un atelier, nous sommes huit et les parités homme/femme et Belges/étrangers est respectée !

AD  : Justement, nous n’avions pas encore abordé le sujet des autrices de BD et du sexisme du secteur.

LB  : C’est un sujet crucial ! Et des problèmes récurrents… Ce n’est pas tant au niveau du salaire que des représentations que je note un décalage. Je fais partie du Collectif des créatrices de BD contre le sexisme. À tous les échelons, nous constatons des différences de traitement. Au mieux, les acteurs (autres auteurs, éditeurs, libraires, journalistes, organisateurs de festivals…) font preuve de paternalisme, ils sont rarement conscients de ce qu’ils font ou disent, rarement mal intentionnés… ce qui en fait est peut-être pire, d’autant plus qu’il y a peu de remises en question.

En tant qu’autrices, nous faisons trop souvent face aux questions réductrices des journalistes, comme par exemple « ça fait quoi d’être une femme et de faire de la BD », ou « Abordez-vous les sujets de vos BD de manière plus sensible que le ferait un homme ? », c’est absurde ! On est en permanence réduite à notre genre, or à ma connaissance on ne travaille pas avec nos parties génitales…

De plus, on classe souvent d’office les livres de toutes les autrices dans les rayons « girly » (où bien entendu tous les lecteurs ne s’aventurent pas), et c’est encore pire quand on essaie de parler de sexe : on enferme souvent la bd dite « de fille » dans des catégories très réductrices, soit vulgaire voire racoleuse, soit gouine enragée là où des livres faits par des hommes seront considérés comme étant plus nobles, moins problématiques.

AT  : Il est certain que les clichés sont encore tenaces selon lesquels les femmes (et les jeunes filles) ne lisent ni ne font de BD, et beaucoup de libraires ont encore ces vieux réflexes (au niveau du conseil, de la mise en rayon).

LB  : L’objectif de notre collectif et d’opérer une veille, mais aussi d’alerter, de conscientiser les acteurs et cela à tous les échelons de la chaîne du livre sur la problématique du sexisme. Les choses, heureusement, sont en train de changer. Les études montrent, par exemple, qu’il y a de plus en plus de lectrices.

AD  : Comment envisagez-vous l’avenir à moyen terme ?

SG  : Sur internet les auteurs ont une belle vitrine, ils gagnent en visibilité et peuvent montrer des projets plus expérimentaux, certes cela nous aide mais ne remplace en rien la prépublication payée, système qui était avant en vigueur et n’existe plus. Bon à savoir toutefois : les Belges aussi peuvent solliciter l’aide du Centre Natrional du Livre !

Plusieurs pistes s’offrent aussi à nous, par exemple tout ce qui relève du jeu : au niveau du récit, du storytelling mais aussi de la création d’un univers c’est passionnant. La question n’est pas de savoir si on a envie d’explorer ces nouveaux champs, mais plus de savoir si on peut raisonnablement avoir le luxe de prendre du temps pour expérimenter sans être payé. Les possibilités offertes par le numérique sont aussi très enthousiasmantes, mais les modèles économiques me paraissent encore peu stables, bancals, et j’ai l’impression qu’il y a pour les auteurs plus de travail que dans l’édition traditionnelle, et moins d’argent.

Troisième et dernière partie du compte rendu la semaine prochaine. Pour rappel dans la première partie nous revenions sur les questions suivantes : peut-on faire rémunérer son travail de scan ? Est-il possible de naviguer d’un éditeur pointu à une multinationale et retour ? Éléments de réponse ici.

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