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Cinq lauréats des Étoiles de la Scam 2016 sont belges ou vivent en Belgique : Manu Bonmariage, Nicolás Rincón Gille, Lydie Wisshaupt-Claudel et le tandem formé par Marianne Lambert et Luc Jabon. Aurélia Balboni reçoit pour sa part le Prix Scam Radio de l’œuvre de l’année.

Le jury, sa philosophie

Choisir parmi des dizaines d’œuvres trente films lauréats : la tâche du jury des Étoiles de la Scam n’est pas simple. En 2016, le jury, composé de Christian Rouaud (Président), Amalia Escriva, Anne Gintzburger, Thierry de Lestrade et Pauline Horovitz, a tranché : "plutôt que de voter des majorités relatives un peu molles, nous avons fait le choix d’entériner des propositions minoritaires, du moment qu’elles étaient défendues avec ferveur par l’un(e) ou l’autre d’entre-nous."

On doit donc à la ferveur, couplée à une défense éloquente, quatre œuvres "d’ici" couronnées par une Étoile de la Scam : I don’t belong anywhere - Le cinéma de Chantal Akerman, dont la récompense englobe le tandem formé par Marianne Lambert et Luc Jabon, Killing Time - entre deux fronts de Lydie Wisshaupt-Claudel, Noche Herida (Nuit blessée) de Nicolàs Rincón Gille et Vivre sa mort de Manu Bonmariage.

En radio, c’est le documentaire d’Aurélia Balboni, Les Mots de ma mère, qui est distingué au titre d’œuvre de l’année.

Les œuvres

I don’t belong anywhere - Le cinéma de Chantal Akerman de Marianne Lambert

Mûri par la complicité, le documentaire de Marianne Lambert sur le cinéma de Chantal Akerman cause un premier choc à l’entente de la voix de la cinéaste, si particulière, presque voilée. Au travers des lieux de ses tournages et de ses vies (I don’t belong anywhere), New York, Bruxelles ou Paris, c’est à la fois à un voyage artistique et à une sorte de testament esthétique que nous convie la cinéaste. La perméabilité de Chantal Akerman, son goût de déjouer les genres (I don’t belong…) mais aussi la relation aigüe (meurtrière, nourricière) qu’elle entretenait avec sa mère, éclairent un parcours errant, une œuvre sensorielle, essentielle par son exigence.
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Killing Time - entre deux fronts de Lydie Wissaupt-Claudel

Le retour de guerre est pratiquement un genre cinématographique en soi. Mais que se passe-t-il quand il ne s’agit que d’un interlude, un suspens, avant de retourner au front ? Dans Killing Time, Lydie Wissaupt-Claudel suit le quotidien faussement banal de soldats qui évoluent dans un décor aride. Faussement car chaque image est sous-tendue par la mort possible, peut-être imminente, avec le poste radio qui diffuse les noms des disparus en Irak ou en Afghanistan. Très incarné dans le corps de ces jeunes hommes (coiffure, tatouage…), le documentaire atteint par moment une qualité presque métaphysique, soudaine métaphore de nos vies qui enfilent les gestes, oublieux de la fragilité de la trame…
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Noche Herida de Nicolás Rincón Gille

Fable édifiante du "dossiérisme" (le cinéaste, ayant écrit son film à partir de deux personnages, s’aperçoit à son débarquement en Colombie pour le tournage qu’ils ont tous les deux déménagé ailleurs), Noche Herida nous envoûte par son approche lente, à distance respectueuse, de Blanca, son héroïne - dans le sens de figure centrale et de mère courage.

"Dès qu’on filme, il y a une construction, un récit," livre Nicolas Rincon-Gille, "et les gens deviennent des personnages, avec ce qu’ils acceptent et ce qu’ils refusent absolument de livrer". Ici sublimés par l’éclairage du cinéaste qui a choisi de travailler à la lumière artificielle avec une balance "jour" pour obtenir une tonalité dorée, ces personnages, Blanca, ses fils, son entourage, nous deviennent familiers, au point qu’on anticipe avec eux le franchissement de cette conduite d’eau blanche, symbole de tous les obstacles qui se dressent jour après jour sur leur chemin.
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Vivre sa mort de Manu Bonmariage

À ceux qui doutent de posséder un plexus, le film de Manu Bonmariage sur l’euthanasie apportera un démenti formel. Père spirituel de l’émission Strip-Tease, comme il se définit lui-même, le cinéaste suit, caméra à l’épaule, deux hommes souffrant d’un cancer et qui ont décidé de vivre leur mort, c’est-à-dire d’avoir recours à l’euthanasie. L’un des deux, Manu de Coster, sera euthanasié en présence de sa femme, de ses enfants et de Gabriel Ringlet et la caméra sera présente jusqu’à son dernier souffle. Salutaire pour ceux qui désirent se préparer à la seule issue qui n’est pas incertaine, probablement irregardable (et c’est respectable) par un spectateur qui préfère "ne pas y penser", le film de Manu Bonmariage frappe à la poitrine et fait monter les pleurs. Porté à bout de cœur par la dignité des hommes dont il fait le portrait, il étreint au plus près l’humanité.
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Les Mots de la ma mère d’Aurélia Balboni

Les mots de la mère ne nous ont-il pas constitués ? N’est-ce pas dans sa voix que nous avons entendu en premier lieu "cui-si-ne", "fleur", "ca-mion" ? Que se passe-t-il alors quand elle les perd et, avec eux, le sens du monde, de ce qui se fait, ou pas ? La mère d’Aurélia Balboni emprunte une voiture dans le village et la repeint en rouge, car c’est la couleur de la sienne. Le propriétaire ne souhaite pas porter plainte. Alors que la responsable de la maison de retraite où la mère d’Aurélia Balboni, peintre, donnait des cours de dessin ne souhaite plus, par contre, sa présence parmi ses patients. Il s’agit pour les enfants d’accepter, de gérer aussi cette mère indocile, pleine de caractère, qui n’entend pas ses manques et ne souhaite rien abandonner. Induite par Aurélie, qui l’enregistre, son frère, qui s’inquiète, et sa sœur, qui tente parfois de raisonner la mère dans des dialogues presque becketien, une tendresse fait frissonner l’écoute. La vie, ce n’est pas simple.
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