Accueil du site / Home_fr / Actualités / Vie de la Maison des Auteurs / La réforme du Décret des arts de la scène est nécessaire... mais pas suffisante pour les créateurs et artistes

Frédéric Young, délégué général de la SACD Belgique, revient dans une tribune sur le décret sur le subventionnement des arts de la scène, adopté mercredi dernier en commission culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le projet de décret (332) sur le subventionnement des arts de la scène a été adopté mercredi dernier en commission culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Au nom des centaines de metteurs en scène, auteurs, chorégraphes, conteurs, traducteurs-adaptateurs, créateurs de cirque, de spectacle de rue, humoristes, qui en sont membres en Belgique, la SACD se félicite du dispositif qui se construit ainsi progressivement autour de l’ambitieux chantier de rénovation de la politique francophone des arts de la scène, initié par Joëlle Milquet et poursuivi par Alda Greoli conformément au programme de la majorité PS-CDH.

Cette vaste réforme est nécessaire pour les créateurs, les artistes et techniciens artistiques comme pour les publics que l’on ne peut négliger dans les réflexions.

La situation des créateurs, entre archaïsmes et mutations

La précarité mille fois dénoncée, l’intermittence subie et financée de façon indigente par l’assurance-chômage fédérale n’est pas un statut. La SACD le rappellera inlassablement, au risque d’irriter celles et ceux qui ont le pouvoir de la combattre mais semblent s’en accommoder.
La marginalisation archaïque de certains genres majeurs, comme le Théâtre pour la jeunesse ou la Danse, doit enfin trouver un terme.
Les compagnies de création doivent également pouvoir travailler dans des conditions plus équilibrées et les institutions se décloisonner.
Les professions artistiques ont besoin d’emplois, de commandes, de revenus décents.
Ceux qui les exercent ont besoin de prévisibilité et d’accompagnement dans des efforts de création de plusieurs mois, voire de plusieurs années.

Nos professionnels ont tous les talents nécessaires pour créer et séduire les différents publics dans un espace d’innovation et de diffusion à Bruxelles et en Wallonie mieux organisé par les pouvoirs publics, ouvert à l’Europe et au monde globalisé. Les nouvelles technologies connectées ouvrent ainsi des possibilités inimaginables il y a dix ans.

Comme cela s’est montré vigoureusement à la soirée des Prix de la Critique, le secteur est en appétit de se (re)mettre en mouvement collectivement et plusieurs professionnels l’ont exprimé à qui voulait les entendre (Fabrice Murgia, Anne-Cécile Vandalem, Céline Delbecq, Valérie Bauchau, Roda Fawaz…).

Une réforme nécessaire mais pas encore suffisante

Le décret, qui sera adopté sous peu en séance plénière, pourra accompagner ces évolutions.
La majorité a choisi de s’arrêter sur un texte qui ouvre des perspectives nouvelles, sans brusquer ceux des acteurs du secteur les plus frileux ou réservés.
C’est sage si cela ne conduit pas à freiner la réforme dans sa globalité.

Un décret n’est pas une fin en soi. C’est un outil au service d’une nouvelle politique culturelle. Il doit permettre une nouvelle gouvernance dans l’administration (cf. coupole de Bouger les lignes) des différents niveaux de pouvoirs publics.
Espérons ainsi de nouvelles alliances entre pouvoirs de la Fédération Wallonie-Bruxelles (et de la Communauté flamande), du fédéral (tax-shelter) des régions (emploi et formation, tourisme), des provinces et des communes dont l’action culturelle égale en budget celle la FWB.

Le décret permettra de subventionner ou d’organiser plusieurs éléments clés de la réforme globale qui ont été bien identifiés par la SACD lors de son séminaire de mai 2014 (lire les actes de ce séminaire), dans les synthèses de la plateforme des ORUA, dans les travaux de la Coupole « Artistes au centre , et dans le Plan « Arts de la scène » adopté par le gouvernement.

Nos recommandations

En voici les éléments stratégiques du point de vue des créateurs :
. Enfin financer le travail d’écriture-développement des auteurs et metteurs en scène, chorégraphes, créateurs de tous genres qui financent, le plus souvent seuls, des mois de réflexion et de recherche pour imaginer de nouveaux spectacles, et réformer les outils d’aide à l’écriture ;
. Rééquilibrer les budgets des institutions vers la part dédiée à l’emploi et à la commande aux créateurs et artistes, dès lors que le gouvernement et l’administration accompagnera les opérateurs subventionnés avec les méthodologies et outils adéquats ;
. Accompagner le développement prioritaire des compagnies de création ainsi que des genres marginalisés, jeunesse, cirque, conte, et l’humour de qualité dont l’(im)pertinence démocratique s’opposera aux dérives autoritaires et aux conservatismes…, car des publics nouveaux en font la demande
. Financer la formation professionnelle alors que toutes les disciplines artistiques mutent avec les technologies ;
. Promouvoir mieux nos créations vers les publics en Belgique et à l’étranger ; des objectifs ambitieux et des propositions innovantes sont nécessaires dans ce domaine.

La relation des créateurs et compagnies aux centres culturels doit être refondée après des années de malentendus.

Sans volonté d’accomplir ces différents éléments stratégiques, le décret sera une bonne chose… vite oubliée.

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