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Le jury du Festival du Film sur l’Art a décerné le Prix découverte Scam 2015 à De Applaus man de Ruben Vermeersch. Le Prix du Film sur l’Art a été décerné à La seconde Fugue d’Arthur Rimbaud de Patrick Taliercio et une Mention spéciale a distingué le documentaire de Marianne Lambert I don’t belong anywhere - le cinéma de Chantal Akerman.

Lauréats

Le jury du Festival du Film sur l’Art, composé de Guy Duplat, chroniqueur de l’art à La Libre Belgique, Marie-Françoise Plissart, photographe et réalisatrice, et Pascale Raynaud, responsable de l’auditorium et du fonds des films sur l’art au Louvre a décerné le Prix découverte Scam 2015 à De applaus man, "un documentaire qui est une fiction drôle et singulière mais sur un syndrome bien réel de l’art : la tyrannie et l’addiction des applaudissements et de la reconnaissance."

Le Prix du Film sur l’Art a été remis à La seconde Fugue d’Arthur Rimbaud de Patrick Taliercio et une Mention spéciale est allée au documentaire de Marianne Lambert I don’t belong anywhere, le cinéma de Chantal Akerman. Concernant La seconde fugue, le jury "salue l’audace du sujet et l’originalité du traitement. Le film montre la poésie subversive d’une région belge touchée autant par la crise que par la grâce." La Mention reconnait dans le documentaire de Marianne Lambert un "film (qui) parvient à exprimer de manière très sensible la douloureuse création d’une de nos plus grandes artistes."

Ruben Vermeersch portraitiste

Pour mieux cerner le Prix découverte Scam, on peut se remettre en mémoire que le réalisateur, Ruben Vermeersch, se dédie à l’art du portrait, soutenu par une photographie heurtée qui rappelle parfois les clichés de Nan Goldin. Son premier documentaire, co-réalisé avec Sandra Munyanshoza, Fate on wheels, nous pose sur le siège passager d’un chauffeur de taxi cairote. Lumières saturées et prises sur le vif "ambiancent" le monologue du conducteur qui déroule sa vie au long des avenues saturées. Comme dans les films suivants de Ruben Vermeersch, l’homme révèle ses failles dans une dramaturgie maelström : à mesure que l’on plonge dans son histoire, la violence du destin et l’addiction se révèlent, jusqu’au noyau noir et incorruptible de l’homme, ce je-ne-sais-quoi qui lui permet de tenir dans une vie menée à l’arrache. Le court documentaire, à voir ici, définit une narration et un style visuel.

S’enraciner (dans une esthétique)

En collaboration avec Lennart Stuyck, Ruben Vermeersch réalise par la suite What about Eric ?, une même plongée tournoyante dans la vie d’Eric Kabongo, un jeune belge congolais, qui rêve d’être musicien mais dont l’ambition s’écrase sans cesse sur un réel de fer. On voit le personnage libérer ses frustrations à poings nus, se reconstruire, décider "d’appartenir". Une seule scène, centrale, qui suit Eric et ses amis à l’hippodrome, vaudrait projection en boucle à la face de chacun de ceux qui ont articulé un jour les mots : "Ils ne veulent pas s’intégrer." La violence du racisme ordinaire éclabousse la caméra alors que les trois sappeurs traversent les allées du champ de course avec l’élégance des derniers dandys. Les rapides changements de grimace lorsque les spectateurs découvrent la caméra par dessus l’épaule du trio témoignent de l’image lisse que tiennent à donner "ceux qui ne sont pas racistes". Mais le témoignage est implacable. De "le carnaval n’est pas fini ?" à "rentrez chez vous !" (ils y sont et parlent un néerlandais fluide), c’est toute la sarabande du mépris qui finira dans le sang. La scène vaudra aux deux réalisateurs, interrogés sur TV Brussel, la question éthique qui poursuit journalistes et documentaristes : pourquoi ne pas être intervenus lors de la bagarre finale ? Pour ne pas altérer la valeur du témoignage, diront-ils. A la suite du court, dont on peut visionner le trailer, Ruben Vermeersch tournera un clip sur une chanson d’Eric Kabongo, alias Krazy-E.

De applaus man

De applaus man déroule la même dramaturgie, à une différence près : la logique et l’addiction du personnage décalé le mènent à l’hôpital psychiatrique puis à sa fin. Le film a les qualités de ses prédécesseurs : empathie pour le personnage jusqu’au-boutiste, tendresse pour sa curieuse manie, observation de la violence que le décalage provoque, deuil de l’illusion que de tels êtres, brandissant leur idéal d’accomplissement, puissent le réaliser sans dommages.

Warholien (le fameux quart d’heure de gloire), le film documente les actions d’Antoon De Pauw, l’homme qui, entre 1993 et 1996, se glisse 54 fois sur les scènes flamandes pour recevoir les applaudissements adressés à d’autres : Helmut Loti, une compagnie de danse, un orchestre symphonique, un groupe rock (de Sportpaleis, man !). Un jeune cameraman le suit, épris de l’idée qu’il dénonce la société du spectacle. L’humour sous-jacent (truculente scène de la naissance de l’addiction aux applaudissements), la sympathie inspirée par le personnage, un "Robin des Bois" qui revendique pour tout un chacun le droit à la standing ovation, préparent la chute. Lyrique, le personnage décrit "ce moment entre la dernière note et le premier applaudissement, ce silence…" Le jury a couronné cela aussi, l’éternelle soif de reconnaissance de l’artiste, accordant à Antoon de Pauw le statut d’une métaphore.

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